Seuls les fous écrivent complètement
“Seuls les fous écrivent complètement” *, “seulement les fous opèrent dehors la conversation de la vie vécue” **.
Écrire l’intime, c’est finalement ne pas pouvoir éviter de tenter d’évoquer l’événement traumatique latent, c’est ne pas pouvoir éviter de le répéter, de revenir sur cet événement, de revenir sur les mêmes personnages.
En plein encore dans cet événement traumatique et loin encore de la fascination de ce trou, on se trouve dans un état d’aveuglement. Et la page blanche ne fait qu’accentuer l’aveuglement. Refus de voir et surtout de toucher. Perte de la pudeur du regard et surtout des nuances.
La seule possibilité de sortie étant de revenir sur cet événement, de revenir sur les mêmes personnages en les déplaçant. Engendrer un processus sans fin d’écriture et de réécriture, un éternel recommencement, un recommencement où tout n’est qu’écho de la chose écrite, les mots touchant les zones dangereuses du cœur.
C’est dans cette intention que l’œuvre part à la recherche de quelque chose qui se refuse à être cerné. … Ce qui est douloureux, la douleur – le danger – c’est la mise en œuvre, la mise en image, de cette douleur, c’est crever cette ombre noire afin qu’elle se répande sur le blanc de la surface, mettre en dehors ce qui est de nature intérieure.
Accepter de voir, de toucher, de se remémorer.
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